Quelques exploitations pédagogiques en classe du film Samson et Delilah
Samson et Delilah, deux adolescents aborigènes, vivent dans une communauté perdue au sein du désert de l’Australie Centrale. Leur hameau n’est constitué que de quelques habitations rudimentaires, d’une église en tôles, d’un centre de soin installé dans une remorque de camion, d’une épicerie, d’une cabine téléphonique. C’est dans ce lieu isolé et désolé que les jours et les nuits passent sans qu’aucun changement n’intervienne, itération sans fin d’actes et de gestes : Samson se réveille aux sons du groupe de pop de son frère, tout en inhalant de l’essence pour affronter la monotonie de la journée à venir. Il déambule ensuite dans les rues poussiéreuses du village sur un fauteuil roulant récupéré, stagne devant l’épicerie en quête de nourriture, s’endort avec un programme radiophonique destiné à des détenus. Delilah, quant à elle, s’occupe de sa grand-mère souffrante et l’emmène au centre de soin, à l’église avant de l’aider à réaliser les ouvres picturales qu’elle vend.
A la mort de la vielle femme, les deux adolescents fuient l’étouffante exiguïté du lieu pour se rendre dans une agglomération urbaine qu’on suppose être Alice Springs. Commencent alors la vie sous les ponts, l’exclusion et la survie.
Un travail sur l’horizon d’attente proposé au spectateur par l’entremise du titre et la vidéo promotionnelle pourrait être envisagé. En effet, les projections hypothétiques sur le contenu fictionnel qu’opère le spectateur, à partir de ces deux éléments, se voient systématiquement déçues.
De prime abord, le titre laisse évidemment croire à une réécriture de la fable biblique. Il n’en est rien. Aucune trace de séduction et de trahison de l’homme par la femme. Celle-ci ne symbolise pas la tentation exercée sur le sexe fort. Bien au contraire, Delilah synthétise le rôle assumé par toutes ses semblables au sein de la société aborigène : soutenir leurs proches pendant que l’homme s’affaire aux choses politiques et à la chasse. Ce rôle traditionnel est même amplifié voire dépassé dans le film de Warwick Thornton : Delilah soigne sa grand-mère malade au début du film comme elle soignera, à la fin, Sanson détruit par son addiction aux vapeurs d’essence. C’est elle, encore, qui chassera un kangourou pour le couple lors de leur retraite finale, écho amplifié de celui que tue Samson au début. Qui plus est, ces actes témoignent d’une extraordinaire force morale, d’une volonté infaillible lorsqu’on sait les épreuves que seule Delilah subit directement dans le film, tour à tour violée, rejetée, accidentée.
L’unique rapport évident entre le récit biblique et le film pourrait se voir dans l’acte de se (faire) couper les cheveux. Là encore les hypothèses s’invalident. Si les cheveux symbolisent la virilité et la force qui sont ôtées dans le premier, ils ne sont, dans le second que l’expression d’un rituel propre à certaines sociétés : signifier le deuil, la perte d’un être aimée. Ainsi Delilah puis Samson se couperont les cheveux à deux moments de l’histoire.
De même, le contenu implicité par le visionnage de la vidéo promotionnelle entre en totale contradiction avec le propos du film.
Ce point pourrait amener à une interrogation des élèves sur les pouvoirs du montage, sur ses fonctions créatives et impressives (à l’instar de l’expérience menée par Lev Koulechov, nommée « Effet K » ou « Effet Koulechov »)
En effet, si l’on extrait de cette vidéo quelques photogrammes de plans montés dans la succession…
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Le spectateur peut inférer de cette succession, le contenu suivant :
1. Delilah se fait battre par deux femmes.
2. Samson découvre Delilah, le visage tuméfié
3-4. Hors de lui, il s’arme d’un bâton et projette de la venger.
5. Il repère, identifie les commanditaires, les responsables de l’acte.
6. Samson creuse un trou qui servira à ensevelir les cadavres de ces derniers.
7. Il passe à l’acte.
8. Le couple s’enfuit, sans doute traqué par la police.
Pour qui a vu le film, ce scénario hypothéqué ne correspond en rien à la réalité de la fiction de Samson and Delilah. L’étude de cette vidéo promotionnelle, sa comparaison avec le film pourraient être prolongées par l’étude des fonctions et finalités de ce genre commercial codifié.
En ce qui concerne, les Arts plastiques/ Histoire de l’art, une réflexion intéressante pourrait être menée sur un des thèmes développés dans le film : l’art aborigène et sa lucrative exploitation par des galeristes australiens : une fois à Alice Springs, Delilah apprend que les œuvres picturales produites par sa grand-mère se revendent à prix d’or sur le marché de l’Art, à l’image de l’artiste peintre Emily Kame Kngwarreye et de son œuvre maîtresse, Earth Creation.
http://en.wikipedia.org/wiki/Emily_Kame_Kngwarreye ![]()
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Plus largement, pour ce qui est d’une éducation à l’image menée en transversalité (Arts plastiques, Français, Education musicale…), il semblerait opportun de s’interroger sur la manière singulière qu’a Warwick Thornton de filmer la monotonie et l’ennui. Deux sensations qui, dans le film, sont rendues sensibles tant par la bande visuelle que par la bande sonore. Pour la première : itérativité et longueur des plans, récurrences dans les choix de cadrages et de mouvements d’appareil, inexploitation du hors-champ. Pour la seconde : silences, non verbalisation, mélodie répétitive et binaire jouée tous les matins par le frère de Samson et reprise jusqu’au générique final. Il s’agirait, en somme, d’apprendre à regarder et à goûter la longueur présente, qui se justifie par une volonté d’adéquation entre l’expression et le contenu, le fond et la forme. Il s’agirait, encore, de tenter de faire apprécier un film antipodal. Antipodal compte tenu de son origine et de la localisation de l’action.
Antipodal vis-à-vis des films nerveux et autres blockbusters dont, bien souvent, collégiens et lycéens sont friands.
© Stéphane VIAL, professeur IUFM Lettres/Cinéma-Audiovisuel
Liens :
1.Site officiel du film : http://samsonanddelilah.com.au/ ![]()
2. Art aborigène australien :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Art_des_aborigènes_d’Australie ![]()
http://en.wikipedia.org/wiki/Australian_Aboriginal_art ![]()
http://www.nma.gov.au/exhibitions/papunya_painting ![]()
3. Aborigène d’Australie :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Aborigènes_d’Australie ![]()



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